Restrictions des Jets Privés en Europe : l'État des Lieux
Ce qui est en vigueur, ce qui ne l'est pas
La confusion vient du fait que des annonces d'exploitants ou de gouvernements sont reprises comme des mesures acquises, alors que beaucoup n'ont jamais été traduites dans un texte, ou ont été annulées ensuite. Le tableau ci-dessous distingue les trois statuts.
| Mesure | Statut à la mi-2026 |
| Eindhoven, capacité minimale pour les vols privés fossiles | En vigueur depuis le 1er janvier 2026 |
| Schiphol, interdiction des jets privés | Annoncée en 2023, jamais actée |
| Schiphol, plafond de mouvements | Annulé le 11 mars 2026 |
| France, tarif de solidarité aviation d'affaires | En vigueur depuis le 1er mars 2025 |
| Pays-Bas, tarif spécifique aux appareils de 19 sièges ou moins | Adopté, applicable au 1er janvier 2030 |
| Union européenne, mandat SAF ReFuelEU | 2 % en vigueur, 6 % au 1er janvier 2030 |
| Suisse, redevance de 500 à 3 000 CHF sur les vols privés | Rejetée en votation le 13 juin 2021 |
Eindhoven, la seule fermeture réellement appliquée
Depuis le 1er janvier 2026, l'aéroport d'Eindhoven ne réserve plus qu'une « capacité minimale » aux vols privés utilisant des carburants fossiles. C'est la formulation officielle : il ne s'agit pas d'une interdiction absolue. Concrètement, le volume d'aviation d'affaires passe d'environ 1 560 vols par an à un maximum d'environ 270, soit une réduction de l'ordre de 83 %. Les vols médicaux et sociétaux restent explicitement exemptés, et l'aéroport se déclare ouvert aux futurs vols légers électriques. Le plafond global de la plateforme est fixé à 40 500 mouvements par an pour 2026 et 2027.
Schiphol : l'interdiction qui n'a jamais existé
C'est le dossier le plus mal rapporté. En avril 2023, l'exploitant de Schiphol annonce un plan en huit points incluant l'exclusion des jets privés. Ce plan n'a jamais été traduit dans un texte réglementaire. Dès septembre 2023, le gouvernement néerlandais fait savoir qu'il n'autorisera pas l'aéroport à interdire seul les vols de nuit et les jets privés, l'exploitant n'ayant pas compétence pour le faire.
Le second malentendu porte sur le fameux passage « de 17 000 à 12 000 mouvements » d'aviation d'affaires, largement cité comme une restriction en vigueur. Cette déclaration de capacité de septembre 2023 reposait sur un règlement expérimental suspendu dès le 14 novembre 2023, qui lui a retiré sa base juridique. Enfin, le 11 mars 2026, le Conseil d'État néerlandais a annulé la décision instaurant un plafond de 478 000 mouvements annuels, faute de démonstration d'une réduction effective des nuisances sonores. C'est donc le texte de 2008 qui s'applique de nouveau : il ne comporte aucun plafond annuel ni aucun sous-plafond d'aviation d'affaires. Une mesure provisoire limite le trafic commercial nocturne, sans viser spécifiquement les jets privés. L'accès reste ouvert, dans un cadre appelé à évoluer.
La fiscalité, le vrai levier européen
C'est là que se joue l'essentiel. La France a réformé son tarif de solidarité par la loi du 14 février 2025, entrée en vigueur le 1er mars 2025, en créant deux catégories d'« aéronef d'affaires » (configuration de 19 sièges passagers ou moins). Les montants, confirmés inchangés en 2026, s'établissent par passager embarqué : 210 €, 675 € ou 1 025 € pour un turbopropulseur, et 420 €, 1 015 € ou 2 100 € pour un turboréacteur, selon que la destination est européenne, intermédiaire ou lointaine. Point souvent mal compris : ce tarif vise les vols commerciaux, la taxe étant due par les entreprises de transport aérien public ; les vols authentiquement non commerciaux en sont hors champ, de même que les évacuations sanitaires d'urgence. Pour le détail, voyez notre article sur la taxe sur les jets privés en France.
Ailleurs, la Belgique applique depuis juillet 2025 une taxe d'embarquement de 10 € par passager en dessous de 500 km et 5 € au-delà, qui vise les vols commerciaux comme non commerciaux. L'Autriche prélève 12 € par passager (30 € en dessous de 350 km) au départ de ses six principaux aéroports, pour les aéronefs de plus de 2 000 kg. Les Pays-Bas, enfin, ont adopté fin 2025 un texte instaurant un tarif calqué sur le modèle français pour les appareils de 19 sièges ou moins, mais son entrée en vigueur est différée au 1er janvier 2030 : mesure votée, pas encore applicable.
Le cadre européen : carburants durables et quotas carbone
Deux régimes s'appliquent, qu'il ne faut pas confondre. ReFuelEU Aviation impose aux fournisseurs de carburant un taux de 2 % de carburant d'aviation durable depuis le 1er janvier 2025. Ce taux reste inchangé en 2026, le palier suivant étant fixé à 6 % au 1er janvier 2030. Une obligation distincte impose d'emporter au moins 90 % du carburant nécessaire, mais elle ne vise que les exploitants de plus de 500 vols commerciaux : la plupart des opérateurs d'aviation d'affaires en sont hors champ. Voyez notre article sur le carburant d'aviation durable.
Côté quotas carbone, l'EU ETS reste limité aux vols intra-européens, périmètre prolongé jusqu'au début de 2027. L'allocation gratuite de quotas, réduite progressivement, est supprimée en 2026, à l'exception d'une réserve destinée à couvrir l'écart de prix du carburant durable, ouverte aux seuls exploitants commerciaux. Les exploitants non commerciaux émettant moins de 1 000 tonnes de CO2 par an restent exemptés jusqu'en 2030.
Ce qui a été rejeté, bloqué ou assoupli
Le récit d'un durcissement généralisé résiste mal aux faits. En Suisse, la redevance de 500 à 3 000 CHF sur les vols privés a été rejetée en votation le 13 juin 2021 et n'a jamais vu le jour. Au niveau européen, la révision de la directive sur la taxation de l'énergie, qui devait mettre fin à l'exonération du kérosène, a été déclarée bloquée après le conseil des ministres des finances de novembre 2025, la matière fiscale exigeant l'unanimité. En Allemagne, la taxe sur le transport aérien ne vise que le transport commercial de passagers, et ses taux baissent au 1er juillet 2026. Enfin, le 24 juin 2026, le Tribunal de l'Union européenne a annulé l'exclusion des avions d'affaires des activités transitoires de la taxonomie verte, jugeant que la Commission s'était fondée sur un critère non prévu par le règlement. Cet arrêt rouvre la question sans la trancher, et reste susceptible de pourvoi.
Ce que cela change pour votre vol
À la mi-2026, aucune interdiction générale des jets privés n'est en vigueur, ni à l'échelle de l'Union européenne ni dans aucun État membre pris isolément. Les seules restrictions effectives sont des décisions d'exploitants aéroportuaires, de portée locale. En pratique, le sujet se déplace vers le choix de l'aéroport, la fiscalité applicable selon le caractère commercial du vol et la destination, et la disponibilité des créneaux. Ces paramètres se traitent au cas par cas, en amont : c'est précisément le rôle d'un courtier indépendant. Voyez aussi nos articles sur les restrictions opérationnelles des aéroports et sur le terminal privé (FBO).
Location de Jet Privé IBC Aviation :
Nos équipes vous conseillent sur le jet privé le plus adapté à votre itinéraire et vos besoins, et organisent votre vol vers ou depuis votre destination. Disponibles 24h/24, 7j/7 :
- France : +33 1 41 69 88 88
- Suisse : +41 22 880 28 88
- Dubaï : +971 55 303 5161
- Bangkok : +66 81 808 2866
- Email : contact@ibc-aviation.com
Questions fréquentes
Les jets privés sont-ils interdits en Europe ?
Non. À la mi-2026, aucune interdiction générale n'est en vigueur, ni au niveau de l'Union européenne ni dans aucun État membre. La seule fermeture réellement appliquée est une décision d'exploitant local, à Eindhoven, depuis le 1er janvier 2026.
Schiphol a-t-il interdit les jets privés ?
Non. L'exploitant l'avait annoncé en avril 2023, mais la mesure n'a jamais été traduite dans un texte, le gouvernement néerlandais s'y étant opposé en septembre 2023. Le plafond de mouvements associé a même été annulé par le Conseil d'État néerlandais le 11 mars 2026.
Combien coûte la taxe française sur l'aviation d'affaires ?
Depuis le 1er mars 2025, le tarif de solidarité s'établit par passager embarqué à 210 €, 675 € ou 1 025 € pour un turbopropulseur, et 420 €, 1 015 € ou 2 100 € pour un turboréacteur, selon la destination. Ces montants sont inchangés en 2026 et visent les vols commerciaux.
Quel est le taux de carburant durable obligatoire en 2026 ?
2 % au titre de ReFuelEU Aviation, taux en vigueur depuis le 1er janvier 2025 et inchangé en 2026. Le palier suivant est fixé à 6 % au 1er janvier 2030.
D'autres pays européens ont-ils taxé l'aviation d'affaires ?
Oui. La Belgique applique une taxe d'embarquement aux vols commerciaux et non commerciaux, l'Autriche prélève 12 € par passager au départ de ses six principaux aéroports, et les Pays-Bas ont adopté un tarif spécifique aux appareils de 19 sièges ou moins, applicable au 1er janvier 2030.


